Histoire
2 nov. 2026
Procès d’Inass Touloub : après 39 ans de mystère, la justice face à la colère
Le procès d’Inass Touloub confronte deux lectures d’une même affaire : celle d’une justice qui revendique la patience nécessaire pour faire émerger la vérité, et celle de militants qui dénoncent l’attente et réclament des comptes au nom de l’enfant.
Le procès d’Inass Touloub s’est ouvert à Blois, trente-neuf ans après la découverte du corps mutilé de la fillette au bord de l’autoroute A10. Identifiée en 2018 grâce à l’ADN, l’enfant, morte à quatre ans, donne enfin un visage et un nom à l’un des plus anciens dossiers non élucidés de France.1
Sur le banc des accusés, sa mère, Halima El Bakhti, est jugée pour « torture et actes de barbarie ayant entraîné la mort sans intention de la donner ». Son père, Ahmed Touloub, comparaît pour complicité. L’instruction, prolongée par plusieurs recours, ouvre désormais une séquence judiciaire appelée à durer plus de deux semaines.2
Le récit porté par les magistrats est celui d’une enquête qui n’a jamais été abandonnée. En 2018, le procureur Frédéric Chevallier annonçait : « Inass Touloub a enfin un prénom et un nom », estimant que « le temps n’a jamais couru contre nous ».2 Cette perspective insiste sur la persévérance des enquêteurs et sur le rôle décisif des progrès scientifiques.
À l’extérieur du tribunal, le ton était tout autre. Des membres du collectif Mouv’Enfants ont suivi la mère à sa sortie, en criant « Justice pour Inass » et « la honte ». Des images du visage tuméfié de la fillette ont aussi été placardées sur les murs du palais de justice.3
Arnaud Gallais, président du collectif, a résumé cette colère : « Il faut que ces gens-là payent et il faut que la justice paye aussi ».3 Entre la prudence du procès et l’exigence immédiate des militants, l’audience devra désormais établir les responsabilités sans effacer la souffrance qui a traversé quatre décennies.