Storia
4 nov 2026

Le Femina sacre Yannick Haenel, entre crise de l’école et hommage aux professeurs

Yannick Haenel reçoit le prix Femina 2026 pour un roman nourri par son expérience d’enseignant. Les lectures divergent entre portrait sensible du métier et récit frontal du désastre scolaire.

Yannick Haenel a remporté mercredi le prix Femina 2026 pour La Solitude des professeurs est infinie, récit inspiré de ses années d’enseignement dans les années 1990. Finaliste malheureux du Goncourt, l’écrivain de 59 ans a dédié son livre « aux professeurs, aux lycéens et aux collégiens », alors que des élèves protestent dans plusieurs établissements.

Le jury, exclusivement féminin et composé de douze membres, a préféré son roman à ceux d’Emma Marsantes et de Lucie Rico. Dans la lecture proposée par Libération, le livre raconte « le désastre de l’Education nationale » à travers Jean Deichel, jeune professeur de français confronté aux collèges de banlieue, aux injonctions administratives et aux moments de grâce pédagogique.

Une autre approche insiste davantage sur l’ambivalence du métier. Le roman décrit la vie quotidienne d’un enseignant comme « plus ambiguë, plus chatoyante, plus triste, plus allègre, plus intéressante, plus dérisoire et finalement plus décisive » que toute représentation schématique du professorat. Cette perspective met en avant un idéaliste qui conserve la « vocation pédagogique », malgré les obstacles et la solitude professionnelle.

Le texte n’élude toutefois pas la violence scolaire. Yannick Haenel fait dire à son narrateur : « Je passais mon temps à calmer le jeu, à désamorcer, à neutraliser : quoiqu’en disent les pédagogues, c’est la violence qui est première dans les collèges. » Le romancier a expliqué avoir voulu écrire sur cette solitude après les assassinats de Samuel Paty et de Dominique Bernard.

Le Femina étranger revient à l’Américaine Laura Kasischke pour Baignade surveillée, tandis que Jennifer Tamas reçoit le prix de l’essai pour Barbe-Bleue, contre-enquête. Le palmarès associe ainsi fiction scolaire, roman étranger et relecture féministe d’un conte classique.