«La Gradiva» de Marine Atlan : notre palme d’aura
La première scène de la Gradiva pourrait servir d’illustration à la thèse de Sartre sur le sentiment de honte : une personne regarde par le trou d’une serrure, et elle n’est que son regard, intense, obsédé, jouisseur – Marine Atlan mêle un plan de rails qui filent à un très gros plan sur un œil non genré – jusqu’à ce qu’elle soit prise dans le regard d’un autre qui opère la bascule. Ici, c’est Toni qui regarde une scène d’ébats furtifs dans un wagon, et qui est observé par Suzanne : à ce moment-là, quand Toni se retourne, quelque chose déraille, et la honte éclabousse. Ce qui est beau dans ces premiers plans, c’est qu’on se demande si au fond ce n’est pas Suzanne qui a le plus honte, d’être pendue au regard de Toni et de finir elle aussi par en jeter un. Tout est posé dans cette ouverture impeccable : la terrible triangulation du désir, la place de chacun au cours de ce voyage scolaire qui commence, le double fond des enjeux qui vient déformer chaque situation, l’éclairer d’une lumière ambiguë. Pour son premier long métrage, Marine Atlan a choisi de déployer une trame aux airs de tragédie, tendue vers un dénouement fatidique.

TL;DR
- La scène d'ouverture de "Gradiva" est comparée à la thèse de Sartre sur le sentiment de honte.
- Elle met en scène le regard, l'obsession et la transformation d'une situation par le fait d'être observé.
- La triangulation du désir et l'ambiguïté des enjeux sont établis dès le début du film.
- Le premier long métrage de Marine Atlan est décrit comme une trame tendue vers un dénouement tragique.